Le projet de la scierie Erscia crée la polémique dans la Nièvre

 

La filière bois du Centre-Est craint un épuisement de la ressource de résineux.

Le projet du luxembourgeois Wood & Energy est suspendu par le tribunal administratif de Dijon.

 

L’exploitation de la forêt reste un sujet épineux. A l’orée du massif du Morvan, le projet de scierie Erscia France du luxembourgeois Wood & Energy à Sardy-lès-Epiry (Nièvre) suscite un double rejet. Les professionnels de la forêt sont préoccupés par la taille d’un complexe industriel qui consommera 300.000 m 3 de résineux par an et 500.000 à partir de 2020. Les écologistes, qui contestent l’impact environnemental du projet, ont obtenu du tribunal administratif de Dijon la suspension du défrichement des 92 hectares de bois, où doit s’installer la plate-forme.

Sur le papier, le projet de 154 millions d’euros est paré de tous les atours du développement local et durable. Copié-collé du complexe industriel de Vielsalm, en Belgique, porté par IBV, une autre filiale du groupe luxembourgeois, le site doit réunir une ligne de sciage de résineux, une centrale de cogénération d’une puissance thermique de 54 mégawatts et une unité de granulés de bois d’une capacité de 250.000 tonnes par an. Représenté en France par Pascal Jacob, ancien dirigeant de l’entreprise familiale nivernaise Jacob Structures Bois, Wood & Energy met en avant la connotation Grenelle de l’environnement de son projet. La centrale de cogénération fournira l’électricité et la chaleur nécessaires au séchage des bois sciés et à la fabrication des granulés de bois, vendus comme matière première à d’autres centrales de production d’électricité.

Cela ne suffit pas à convaincre ni les professionnels de la filière bois ni les écologistes. Dans une lettre à Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de la Forêt, datée du 12 avril dernier, Laurent Denormandie, le président de la Fédération nationale du bois, souligne « une disponibilité réelle de la ressource forestière nettement inférieure aux besoins d’Erscia » et qui, de surcroît, « s’amenuise à l’horizon de vingt ans, faute de plantations suffisantes ».

Ralliement des régions voisines

Réunis au sein d’Aprovalbois, les professionnels bourguignons ont alerté l’opinion dès le dépôt du permis de construire en 2011. Selon eux, les approvisionnements ne pourront se faire qu’au détriment des unités déjà en place. Depuis l’implantation du belge Fruytier à La Roche-en-Brenil (Côte-d’Or) en 2011, ils chiffrent les besoins annuels des scieries de la région à 1,6 million de mètres cubes de résineux, soit plus que la disponibilité régionale. Pour l’industriel, c’est un mauvais procès car le plan d’approvisionnement d’Erscia s’étend sur 26 départements, dans un rayon de 300 kilomètres autour du futur site. « Aujourd’hui, on récolte 5 millions de mètres cubes de résineux dans la zone Massif central-centre-est, soit à peine plus d’un tiers de l’accroissement naturel », rétorque Pascal Jacob.

Les professionnels ne partagent pas cet avis. Scieur dans la Nièvre, Jean-Philippe Bazot, le président de l’interprofession bourguignonne, assure avoir rallié à sa cause, ses alter ego des régions Centre, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Rhône-Alpes et Limousin. A l’exception de l’Auvergne.

Sur le plan judiciaire, l’industriel s’en réfère au conseil d’Etat, qui devra apprécier la notion de « raison impérative d’intérêt public majeur » pour justifier le défrichement d’une zone humide de 2.200 m 2. Il oppose les 125 emplois directs générés par le projet, 285 indirects et 206 induits selon KPMG.

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www.lesechos.fr / lire l’article

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