Entre slogans et raccourcis…

Face aux terribles attentats qui se sont produits dans les locaux de Charlie Hebdo, les médias et la classe politique se sont emparés de l’évènement.

Tout le monde, en l’espace de quelques heures et partout en France s’est mis à scander le même slogan : « je suis Charlie ». Les gens, les télévisions, les politiques et les personnalités diverses, les entreprises, les sites internet toutes catégories confondues, etc. Tout le monde.

Elan spontané ? Ou organisation de la part de divers politiques, médias et associations utilisant ce drame épouvantable pour réhabiliter leur image face à une impopularité croissante ?

L’indignation de la population française face à un évènement qui menace la paix civile dans notre pays, indignation légitime et elle spontanée – preuve du bon sens populaire – n’est elle pas ici récupérée pour être mise dans la boite à slogan ? Si la double problématique d’une économie mondiale en faillite et de politiques incompétents – voir complices – qui dévastent le moyen-orient pour des intérêts géopolitiques peut-être source d’élans terroristes mettant en péril la sécurité d’un pays et même du monde, en quoi des marches et des slogans vont-elles permettre aux populations d’analyser les causes économiques et politiques de ce qui est arrivé ?

Cet appel gigantesque à la mobilisation est-il le moyen d’éviter toute réflexion et toute pensée de fond en faisant mariner la population dans un flot continu d’émotionnel ?

En Côte d’Or le Bien Public dans un article explique : « De gigantesques manifestations, des pancartes noires logotées Je suis Charlie ont jalonné ces jours derniers. Une immense communion nationale dont certains se sont sentis exclus. Suffisamment pour proclamer « Je ne suis pas Charlie », pour manifester mauvaise humeur et refus d’obtempérer. Pour parfois même cracher leur haine, en vrac, des « chiens de Français », « des mécréants, des blasphémateurs » et autres gentillesses, mais surtout d’annoncer une vengeance. Ce qui tombe directement sous le coup de ce qui s’appelle l’apologie du terrorisme. » Lire l’article entier

En l’espace de 5 phrases le raccourci est fait : de ceux qui disent « Je ne suis pas Charlie » à « l’apologie du terrorisme »…

Qu’en est-il de ceux qui diront « Je ne suis pas Charlie » tout simplement pour ne pas tomber dans le piège de ce qui pourrait être l’organisation de la part de la classe politique et médiatique d’un effet de groupe gigantesque visant à faire « monter la mayonnaise » (en France plusieurs millions de personnes rassemblées en un dimanche) au son d’un slogan ?

Ici à Dijon, place de la Libération :

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Stratégie efficace pour faire oublier les véritables problèmes politiques face auxquels le gouvernement échoue totalement, et permettre d’utiliser un drame humain ainsi que la peur générée pour désigner un ennemi commun – « l’islam radical » qui a été créé de toute pièce et financé par les atlantistes versant en ce moment des larmes de crocodiles – qui pour le coup se trouve être bien pratique puisqu’il permet aux responsables réels de tous les problèmes sociaux et économiques de se dissimuler derrière. Histoire de se faire oublier un moment dans cette période de mécontentement populaire croissant…

Ceux qui veulent être des citoyens responsables et qui souhaitent rejeter l’hystérie collective au profit de la réflexion saine pour éviter les réactions de violence et de haine – réactions si promptes à se manifester dans de tels moment de tensions (ndlr dès le lendemain de l’attentat et les jours qui ont suivi plusieurs mosquées furent attaquées), qui pour ces raisons disent ironiquement et symboliquement « Je ne suis pas Charlie » exprimant ainsi leur désir d’une politique réelle et sérieuse – ne se confinant pas à du spectacle ou des postures – et par la même effectivement leur « refus d’obtempérer » face à ce qui est appelé la stratégie du conflit de civilisation qu’elle soit interne ou externe à la nation, ceux là sont-ils des « apologistes du terrorisme » ?

Non.

Et n’en déplaise à certain ce n’est pas par « mauvaise humeur » mais peut-être simplement par désir de vivre libre de toute pensée unique que beaucoup refuseront « d’obtempérer » à un mouvement quasi-stalinien.

Espérons au nom de la paix civile que la réflexion prendra le dessus, pour ceux dont le cerveau n’a pas encore été mouliné par les slogans et les raccourcis…

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